La crise sanitaire actuelle est un naufrage pour le monde de la culture notamment les galeries d’art, un des premiers secteurs touchés depuis des mois. Nous vous invitons à embarquer dans l’histoire de l’une d’entre elles qui se heurte à l’Histoire.

Réduire la voilure et tenir le cap

Philippe Szechter est le président de la ZOO Galerie, une galerie d’art contemporain à Nantes. Ce collectif d’artistes, monté en association depuis les années 1980 réalise des expositions et des performances dans ses locaux et dans d’autres lieux d’art. La ZOO Galerie c’est aussi les éditions 02 qui produisent des magazines sur l’art contemporain. Anciennement situé 49 Chaussée de la Madeleine à Nantes, le lieu souffrait depuis plusieurs années de dégradations multiples. L’équipage de la galerie s’est donc trouvée dans l’obligation de la fermer fin 2019, leurs activités d’expositions, de conférences et de performances se sont donc retrouvées nomades et avec des consignes sanitaires strictes.

Ils ont trouvé la parade à ces temps incertains par l’ouverture d’un nouvel espace, rue Lamoricière, certes toujours fermée au public mais avec un projet éditorial renforcé. Philippe Szechter espère « également aménager dans ce nouvel espace un pôle éditions ainsi qu’une librairie consacrée à l’art et l’esthétique ». Les mesures sanitaires imposées en décembre 2020 rendent la projection au long terme très complexe et ont entraîné le report d’expositions prévues.

 

Un navire insubmersible

Grâce à une aide spécifique liée au COVID apporté par la Mairie de Nantes, au Département et la Région, la situation financière actuelle de l’association a pu être pérennisée. Mais tout ne coule pas de source : ils ont dû mettre une de leurs salariés en activité partielle et avoir recours au télétravail pour les activités liées à l’édition et à la communication. Et à cause du manque de visibilité de l’ouverture des lieux culturels, l’équipe n’a pas pu s’agrandir avec un nouveau CDI comme souhaité. Mais Philippe nous affirme que ce projet est seulement repoussé de quelques mois.

Ces incertitudes se conjuguent avec le retard pris pour l’ouverture au public de leur nouveau lieu, indispensable pour être en mesure d’y organiser des expositions. En ce qui concerne les attentes face au gouvernement, ils regrettent, comme beaucoup d’acteurs du milieu culturel, la fermeture des musées, centres d’art, théâtres et cinémas : “les mesures sanitaires mises en place ne semblent pas justifiées quand on voit avec quelles précautions ces différents lieux ont appliqué des mesures de distanciation et mise à disposition de gel hydro alcoolique. Nous espérons que cette situation ne s’éternise pas et que nous pourrons retrouver le contact direct avec les œuvres d’art et notre public”.

 

Embarquement vers l’air du numérique

La crise sanitaire actuelle invite les galeries d’arts à se réinventer et à créer des nouveaux liens pour rester connectées. Pour communiquer, de nombreuses nouveautés ont vu le jour : la création de la newsletter de la revue 02, une page Instagram qui compte déjà plus de mille abonnés et une page Facebook. De plus, ces passionnés d’art ont trouvé une façon originale de tout de même faire vivre leur exposition intitulée Shelter. Consacrée à des questions liées à l’habitat où devaient être présentées des vidéos d’artistes émergents, elle a été transformée en un court métrage qui se terminera en mai prochain, autour des artistes participants et leur création : « Ce projet nous permet de produire une œuvre qui pourra circuler, entre autres, sur les réseaux sociaux via le net. Il pourra peut-être être présenté au Théâtre Francine Vasse le 29 mai si les lieux culturels sont déconfinés”.

 

Une navigation à vue

La perception de la pandémie par les acteurs des galeries d’arts est donc particulièrement paradoxale : d’une part, la possibilité de se réinventer grâce aux espaces numériques, mais d’autre part, la difficulté de mener à bien des projets sans public, ni vision à long terme. L’exemple du Show me the West est particulièrement révélateur : “nous avons créé en 2019 un outil de communication Show Me The West sur l’art contemporain en Bretagne et Pays de la Loire sous la forme d’un dépliant diffusé très largement. Le numéro 7 a été édité pour la période Septembre-Novembre 2020 mais nous sommes dans l’expectative concernant le futur numéro prévu pour le printemps étant donné que les structures sont pour la plupart fermées et qu’elles ne peuvent communiquer sur des évènements qui restent incertains.”

 

Canelle CODEVELLE