Alors que tout le monde a repris depuis décembre un semblant de vie, nous, étudiants, ne recommençons les cours en présentiel que depuis Février. Surnommés de nombreuses fois dans la presse comme “les oubliés du confinement”, nous avons été touchés à grande échelle par la pandémie de Covid 19. Comment vivons-nous cette crise au quotidien ? Quelles ont-été les mesures gouvernementales ? Nous détaillons tout cela dans cet article.

 

Entre isolement et décrochage scolaire, notre difficile quotidien

Nous sommes déconfinés depuis décembre et pourtant rien ne semble avoir changé. Seuls dans nos appartements étudiants, entre 4 murs, nous devons travailler. Retournés chez nos parents, dans nos chambres d’adolescents, nous devons travailler. Le campus nous manque, qui l’aurait cru ? La machine à café, les pauses entre deux cours, le midi au self où l’on se retrouve tous. Le cadre universitaire, notre lieu de travail. Il n’est rien de tout cela aujourd’hui. Nous sommes tous seuls. Il n’y a plus de dynamique de travail. Nos journées sont décousues.

Nous sommes dans des logements étudiants minuscules qui nous étouffent. Nous cumulons nos études avec des emplois étudiants contraignants. Nous ne voyons plus ou peu nos amis. Nous ne nous sommes parfois pas fait d’amis dans nos nouvelles villes étudiantes. Nous nous sentons seuls. Nous nous sentons enfermés. Nous nous sentons oubliés. Parce que nous sommes seuls. Tout le monde, travailleurs comme élèves, est revenu en présentiel. La vie semble reprendre son cours. Nous aimerions, nous aussi, pouvoir reprendre le chemin du travail. Nous aimerions, nous aussi, reprendre un rythme quotidien sain, bercé par le transport jusqu’à nos établissements, par les discussions entre deux cours, par les pauses déjeuners animées, par la satisfaction d’être rentré à la maison. Mais nous, étudiants, sommes toujours confinés. Nous ne voyons pas d’horizon depuis un an. Nous sommes dans un flou permanent.

Confinés, nous faisons face à nos écrans toute la journée. Devant nous, des pastilles s’illuminent avec les initiales de nos camarades. Les visages de nos professeurs défilent, nos boîtes mails se remplissent à vitesse grand V. Et nous, nous sommes vidés. Vidés d’énergie, vidés de toute motivation. Se concentrer nous demande le double d’efforts, le décrochage n’est jamais très loin. Les yeux irrités, le dos douloureux, nous devons « nous accrocher ». Penser à notre diplôme, penser à notre avenir universitaire. Mais jusqu’à quand cela va-t-il durer ? Comment rester motivé quand tout est incertain ?

Certains ont déjà succombé au décrochage scolaire. Comment les blâmer ?

Au sein de l’UCO, 88% des étudiants affirment avoir des difficultés de concentration. Près de 12% se considèrent en décrochage scolaire. Côté social, les étudiantes de l’UCO considèrent pour la plupart leur vie sociale satisfaisante. Mais cela n’efface pas les 22% d’étudiants qui se sentent délaissés, isolés et déprimés.[1]

De cette situation découle une incertitude sur notre avenir. Se pose la question de la valeur de notre diplôme. Les étudiants en troisième année, qui s’apprêtent à le valider, ont passé près de la moitié de leur formation à distance. Au sein de notre université, 40% des étudiants ont du mal à trouver un stage de fin d’année. Se projeter dans le futur devient difficile, et c’est sans grande surprise que 45% des étudiants ont des incertitudes concernant leur avenir. [2]

On a beau être les moins touchés par le virus, la crise sanitaire nous a touchés de plein fouet. Beaucoup d’entre nous ont perdu leur emploi qui leur permettait de survivre. Les jeunes sont de plus en plus nombreux à se présenter aux banques alimentaires. [3]

Nous avons vu profiler sur internet les témoignages de détresse. Puis, des lettres ouvertes, matérialisation d’un véritable appel à l’aide de la part des oubliés de cette crise. Ces dernières sont le reflet de nos revendications. Elles ont permis de mettre en lumière notre condition.

Mesures gouvernementales à l’égard des étudiants

Le gouvernement a tardé à répondre. Un an après le premier confinement et l’arrêt des cours en présentiel, nous reprenons doucement un semblant de vie étudiante avec la reprise des cours en présentiel.

Quelques mesures ont été mises en place par le gouvernement pour venir en aide aux étudiants. Une aide exceptionnelle de 150 euros a été versée début Décembre 2020 à chaque étudiant boursier. Le plan “1 jeune, 1 solution” du Premier ministre Jean Castex vise à accompagner les jeunes dans la recherche d’emploi. Le repas à 1 euro, distribué par le Crous, qui était d’abord prévu aux boursiers, a été étendu à tous les étudiants en Janvier 2021. Dans la même période, le retour progressif des étudiants à l’université a été autorisé. Côté santé mentale, un chèque d’accompagnement psychologique pour les étudiants en situation de mal-être est proposé.[4]

Vous pouvez retrouver toutes ces mesures et leurs modalités sur le site du ministère de l’Enseignement supérieur.

Des réponses donc… et quelques faux pas

Certaines actions du gouvernement à l’égard des étudiants ont été jugées « indécentes » en vue de la situation.

Le Porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a invité des influenceurs sur la première émission #SansFiltre à parler et débattre de la vie étudiante sous la pandémie de Covid 19. Diffusée sur Twitch et YouTube le 24 Février dernier, cette émission a réveillé la colère des étudiants sous un #étudiantspasinfluenceurs, tweeté des dizaines de milliers de fois[5]. Les invités de cette émission, des influenceurs déscolarisés gagnant confortablement leur vie, ont été jugés “illégitimes” à parler de la détresse des étudiants. Un faux pas donc, qui semble marquer la déconnexion des représentants face à la réelle situation des jeunes.

Personne n’a pu passer à côté de la vidéo de Mcfly et Carlito diffusée le 19 Février dernier sur YouTube (“Le PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE nous lance un défi. Voilà. Dinguerie ? Oui.). Dans cette dernière, les deux amis font part d’un défi lancé par le Président de la République, Emmanuel Macron, à leur égard : Récolter 10 millions de vues sur une vidéo de sensibilisation sur les gestes barrières en échange d’un tournage à l’Elysée.[6]

Perçue par certains comme un excellent coup de communication à un an des élections présidentielles, et par d’autres, comme une stratégie de propagande électorale auprès des jeunes[7], cet événement n’a pas fini de faire débat. Selon le journal Libération, l’objectif derrière tout cela est de “toucher une jeunesse fragilisée par les conséquences de l’épidémie de Covid-19 et réfractaire aux médias traditionnels.”[8]

Coup de communication ou réel engagement du gouvernement envers les étudiants ? A un an des élections présidentielles de 2022, la question est légitime.

Initiatives de solidarité

A l’UCO, des initiatives de solidarités ont vu le jour. Le Tutorat, mis en place par les délégués de la licence Information-Communication en début d’année, tente de soutenir les élèves en difficultés scolaires ou sociales. C’est une entraide entre étudiants, déjà connue dans certaines facultés. Les étudiants des années supérieures viennent en aide aux nouveaux arrivés sur différentes thématiques. Bienveillance, entraide, solidarité : Le Tutorat de l’UCO est là pour nous. Nous sommes, tous les étudiants de l’UCO, les bienvenus à cette réunion hebdomadaire.

Vous avez dû voir des fanions de couleurs dans la cour du campus. Ces derniers sont la première manifestation physique du festival “Reconnexion” qui se déroule à l’UCO jusqu’au 30 Mars 2021. Ce festival, organisé par les L3 InfoCom pour leur projet de fin d’étude, a pour thématique la reconnexion à soi et aux autres. Un moment de partage et d’initiatives solidaires qui égaye nos passages à l’université. Des ateliers se déroulent depuis février sur le campus, n’hésitez pas à nous suivre sur Instagram et Twitter (@reconnexion_) pour être tenus au courant et vous inscrire !

La campagne de vaccination qui avance, les cours en présentiel qui reprennent doucement et le printemps qui approche nous font espérer à des jours plus joyeux. Il ne manque plus que la réouverture des bars et des restaurants pour que la vie ait à nouveau son goût d’avant, à quelques détails près.

Accrochons-nous ! C’est la dernière ligne droite avant les vacances d’été.

 

On vous souhaite de valider votre année et de passer un bel été.

[1] Chloé GOUPIL, Maëlys BOUTIN. Situation des étudiants de l’UCO de Nantes, Sondage, Google Form, (résultats obtenus sur 119 réponses).

[2] Ibid

[3] Devant les banques alimentaires, la détresse des étudiants. Le Point. 23/02/2021. URL: https://www.lepoint.fr/societe/devant-les-banques-alimentaires-la-detresse-des-etudiants-23-02-2021-2415162_23.php#

[4] Covid-19 : l’enseignement supérieur français mobilisé – Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation

[5] L’émission #SansFiltre de Gabriel Attal sur Twitch provoque la gronde des étudiants, Ouest France, 27/02/2021, URL : https://www.ouest-france.fr/education/etudiant/l-emission-sansfiltre-de-gabriel-attal-avec-des-influenceurs-provoque-la-gronde-des-etudiants-7169989

[6] La vidéo de Mcfly et Carlito dépasse les 10 millions de vues, place au « concours d’anecdotes » avec Emmanuel Macron, Le Monde, 24/02/2021, URL : https://www.lemonde.fr/pixels/article/2021/02/24/le-clip-de-mcfly-et-carlito-sur-les-gestes-barrieres-depasse-les-dix-millions-de-vues-sur-youtube_6071029_4408996.html

[7] KALAWSKI, Antoine. McFly et Carlito : Emmanuel Macron déjà en campagne sur YouTube, Libération, 24/02/2021, URL :https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/mcfly-et-carlito-emmanuel-macron-deja-en-campagne-sur-youtube-20210224_5K6RO44AY5HOXKNYUA2F4HEW5Q/

[8] op.cite

Chloé GOUPIL et Maëlys BOUTIN